Déclaration de la FTQ à l’occasion de la 1ère journée mondiale pour le travail décent pour les femmes

Logo de la journée.

Mardi le 7 octobre 2008 marque la Journée mondiale pour le travail décent (JMTD). Pour l’occasion, la FTQ réitère la nécessité de promouvoir et soutenir l’égalité entre les travailleurs et les travailleuses, comme le préconise la Confédération Syndicale Internationale (CSI) dans le cadre de sa campagne mondiale : Un travail décent, une vie décente pour les femmes, lancée le 8 mars dernier.

Selon l’Organisation internationale du Travail, le travail décent est la possibilité pour les travailleuses et leur famille d’accéder à un travail productif et justement rémunéré, à la sécurité sur le lieu de travail et à une protection sociale, à de meilleures perspectives de développement personnel et d’intégration sociale, à la liberté d’exprimer leurs revendications, de s’organiser et de participer aux décisions qui affectent leurs vies, à l’égalité des chances et de traitement pour toutes.

Nos droits et nos acquis bafoués

Les femmes, qu’on oublie hélas trop souvent lorsqu’on parle d’économie et de politique comme c’est le cas dans la présente campagne électorale fédérale, ont particulièrement besoin de travail décent et de conditions de vie décentes. Pourtant, depuis quelques années, elles essuient des attaques répétées comme :

• Annulation des ententes fédérales-provinciales sur les services de garde
• Coupures de subventions aux groupes de femmes
• Fermeture de 12 des 16 bureaux régionaux de Condition Féminine Canada, dont celui de Québec (nos membres)
• Tentatives de s’en prendre à leurs droits, comme avec le projet de loi C-484 (recriminalisation potentielle de l’avortement)
• Refus d’adopter une loi proactive fédérale sur l’équité salariale (et, au Québec, l’équité salariale n’est toujours pas atteinte partout et son maintien demeure aléatoire)

Et au Québec

• Discrimination vis-à-vis des normes du travail (à l’embauche, dans le système des promotions, etc.)
• Coupures dans les programmes sociaux, affectant les femmes comme usagères, comme travailleuses mais également comme «aidantes naturelles» qui écopent des soins auparavant prodigués via ces services publics
• attaques répétées envers le Conseil du Statut de la Femme et le Secrétariat de la Condition Féminine
• atteintes au droit à la syndicalisation comme ce fut le cas avec les projets de loi 7 et 8 (25 000 travailleuses de services de garde en milieu familial et en hébergement en familles d’accueil)
• hausse de 40 % du tarif des services de garde;
• refus du gouvernement de contribuer au financement du Régime québécois d’assurance parentale
• déstructuration du réseau de santé et services sociaux
• etc.

Les femmes et la précarité en emploi

Pour la FTQ, un travail décent et une vie décente pour toutes les femmes est un engagement primordial car la participation des femmes à la vie active s’est accrue considérablement dans le monde depuis les 20 dernières années.

Au Québec, le pourcentage des femmes occupant un emploi est passé de 37,4 % à 55,6 % entre 1976 et 2006 et se retrouvent en très grand nombre dans le secteur des services, publics et privés. Elles continuent d’occuper plus de 60 % des emplois au salaire minimum. Les femmes occupent également plus de 2/3 des emplois à temps partiel, 52 % de l’emploi temporaire et elles sont aussi plus nombreuses que les hommes à occuper un emploi saisonnier, à terme, à contrat ou occasionnel. Enfin, face à une perte d’emploi, 59 % des femmes au Québec n’ont pas accès aux prestations d’assurance-emploi car elles ne peuvent remplir la condition d’admissibilité à ces prestations ne travaillant pas suffisamment d’heures . Leurs conditions de vie frôlent donc trop souvent la précarité. Enfin, lorsqu’elles travaillent dans l’économie qualifiée d’informelle, les femmes sont concentrées dans des emplois au bas de l’échelle où les déficits en matière de travail décent sont forts. Cela signifie bien souvent travailler avec un très bas salaire, des conditions de travail dangereuses et peu ou pas de protection sociale.

Par ailleurs, les flux migratoires se féminisent de plus en plus. Au Québec, chaque année, ce sont environ 23 000 femmes qui viennent s’établir. Malheureusement, la main-d’œuvre migrante constitue un réservoir de travailleuses dociles, flexibles et peu coûteuses. Elles sont plus susceptibles également d’être victimes de violence, de travail forcé, d’exploitation sexuelle et sont exposées davantage à de graves dangers pour leur santé par exemple lorsqu’elles travaillent dans les usines de production de textiles ou comme domestiques.

Les femmes et la conciliation entre travail et famille

Un travail décent, c’est aussi avoir un travail qui permet de concilier les responsabilités familiales et professionnelles auxquelles doivent faire face les femmes. Elles sont d’autant plus touchées aujourd’hui par ce dilemme qu’elles sont très souvent dans des situations économiques difficiles et parfois, dans des situations familiales complexes (monoparentales ou reconstituées, par exemple). Pouvoir s’occuper de ses enfants et éventuellement, de sa famille, comme des parents en perte d’autonomie, est un des indicateurs de conditions de travail décentes.


Les femmes et l’équité salariale

Alors que le principe de rémunération égale pour un travail différent mais de valeur égale a été largement accepté, l’écart de revenus entre hommes et femmes reste l’une des formes d’inégalité les plus persistantes sur le marché du travail. Un nouveau rapport de la CSI révèle que les femmes gagnent en moyenne 16 % de moins que leurs collègues masculins. Au Québec, l’écart salarial moyen entre les femmes et les hommes a bien connu une légère diminution au cours des dernières années, mais demeure encore trop élevé, à 14 % . Cependant, la réalisation de l’équité salariale est toujours un objectif à atteindre pour de trop nombreuses travailleuses de la grande comme de la petite entreprise. Un travail et une vie décente doivent se traduire par une rémunération juste et, ultimement, la sécurité et l’indépendance économiques des femmes.

Les femmes et la syndicalisation

Les femmes sont moins nombreuses que les hommes à être syndiquées. Elles se retrouvent massivement dans des emplois non standards et de petits milieux de travail, plus difficiles à syndiquer. Dans le secteur privé, seule une minorité de femmes est syndiquée (en 2005, une femme sur cinq et un homme sur trois) .

Au Québec, plusieurs milliers de travailleuses qui agissent comme ressource intermédiaire ou de type familial se sont vu retirer par l’actuel gouvernement provincial leur droit fondamental à se syndiquer, annulant ainsi leur droit de négocier collectivement leurs conditions de travail, brimant leur doit à l’égalité devant la Loi et les condamnant à l’isolement, la précarité et la pauvreté.

La syndicalisation est pourtant un des meilleurs moyens d’améliorer notre sort et de corriger les nombreuses injustices en emploi. C’est tout à fait légitime et les femmes veulent le respect et l’égalité.

Un engagement FTQ soutenu

La pauvreté s’accroît, même dans les pays développés. Rien ne peut justifier l’écart entre les millions d’êtres humains qui disposent de moins d’un dollar par jour et les revenus mirobolants de certains autres. Le travail décent, notamment pour toutes les femmes, doit être au cœur de nos efforts pour éradiquer la pauvreté car c’est un moyen de parvenir à un développement durable, équitable et fédérateur.

La FTQ supporte et participe donc à cette campagne mondiale afin que notre société puisse offrir des emplois de qualité, des emplois librement choisis par les travailleuses, dotés de garanties minimales et de conditions de travail respectant la santé et la dignité.

La FTQ soutient également le message envoyé par les syndicats à l’occasion de la 52ème session de la Commission des Nations Unies sur la condition de la femme (mars 2008) pour que : « les femmes ne soient pas victimes de discrimination sur le lieu de travail et qu’elles puissent avoir le droit de s’associer, de s’affilier à des syndicats et de mener des négociations collectives pour une distribution équitable des gains de production, fruit de leur travail. En s’organisant collectivement à travers des syndicats, les travailleuses sont plus à même de faire valoir leurs intérêts tant sur le lieu de travail qu’au niveau de l’élaboration de politiques, à l’échelle communautaire et nationale. Il est important pour les femmes de faire entendre leurs voix, afin que des politiques soient mises en place et que des ressources soient allouées en tenant compte de la perspective de genre ».

La FTQ s’engage donc à poursuivre et à intensifier ses efforts pour que les femmes parviennent enfin à l’égalité.

Préparé et rédigé par le Service de la condition féminine de la FTQ
Le 6 octobre 2008