INSPECTRICES DANS LES ABATTOIRS AU QUÉBEC: L'AFPC obtient la réaffectation pour ses membres enceintes ou allaitantes

Santé des femmes au travail

Annie Tanguay

Annie Tanguay

Au Québec, la majorité des travailleuses ont droit au retrait préventif de la femme enceinte ou qui allaite en vertu des articles 40 à 49 de la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST). Le hic, c’est que les travailleuses sous compétence fédérale ne profitent pas de ces dispositions. Dans les abattoirs par exemple, les femmes qui travaillent sur la chaîne ont droit au retrait préventif. Par contre, les inspectrices à l’hygiène des viandes à l’emploi du gouvernement fédéral ne bénéficient pas de la même protection, même si elles sont exposées aux mêmes dangers. Les récents amendements à la Partie II du Code canadien du travail qui traite de la santé-sécurité n’ont pas réglé cette injustice que les syndicats affiliés et la FTQ dénoncent depuis toujours.

En mars 2000, une négociation locale québécoise a abouti à une entente entre l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) — qui représente quelque 70 inspectrices au Québec — et l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA). Depuis, les inspectrices des abattoirs du Québec bénéficient d’une réaffectation liée à leur maternité. La travailleuse enceinte ou qui allaite peut, du début de la grossesse à la fin de la 24e semaine suivant l’accouchement, demander à l’employeur de modifier ses tâches ou de la réaffecter à un autre poste s’il y a un risque pour sa santé, celle du fœtus ou celle de l’enfant.

Si l’employeur ne peut modifier les tâches de la travailleuse, il lui accorde un congé non payé pour la même période. Jusqu’ici, l’ACIA a respecté l’entente au Québec.

Quels sont donc les dangers ?
Les principaux dangers reliés au travail dans un abattoir sont: travail statique debout pendant de longues périodes, planchers glissants, plates-formes et escaliers présentant des risques de chute, bruit, humidité et poussière, risques de se coincer les doigts dans la chaîne. Sans parler de toutes les lésions reliées aux mouvements répétitifs : maux de dos, tendinites et bursites aux épaules, aux coudes et aux mains, et tout autre danger potentiel pour la santé.

Nathalie Gagnon allaite son poupon de six mois. Inspectrice à l’hygiène des viandes, elle a bénéficié d’une réaffectation durant trois mois avant son accouchement. Enceinte de deux mois, elle avait constaté qu’aucune disposition de la convention collective répondait à ses inquiétudes. «Je me suis d’abord adressée à l’employeur qui a refusé de m’accorder une réaffectation. J’en ai donc parlé à mon syndicat local avec une collègue qui était également enceinte. Notre représentant a fait les démarches nécessaires.»

Enceinte de six mois, Nathalie a été retirée du plan d’abattage pour faire du travail de bureau. «Aujourd’hui, aussitôt qu’elles savent qu’elles sont enceintes, mes collègues sont automatiquement réaffectées. Dans un milieu où les embauches sont en majorité des jeunes femmes, cette clause devient essentielle.» Après son accouchement, Nathalie a eu droit à 15 semaines de prestations de maternité (plus les deux semaines de carence payées par l’employeur) et à 10 semaines de congé parental durant lesquelles l’employeur comble la somme versée par l’assurance-emploi jusqu’à 93% de son salaire brut. En vertu de sa convention collective, elle prendra aussi 16 semaines sans solde avec un emploi assuré à son retour.

Annie Tanguay est inspectrice contractuelle depuis mars 2000. Enceinte de 10 semaines, elle fait du travail de bureau depuis la mi-octobre. Même s’il s’agit de son premier emploi, elle connaît les dangers reliés au travail dans les abattoirs puisqu’elle y a travaillé comme journalière durant ses études.

«J’ai su le dimanche que j’étais enceinte, raconte-t-elle. J’ai avisé mon patron le mardi matin et je suis immédiatement sortie du milieu de travail. J’étais réaffectée au bureau dès le mercredi.»