LES PROBLÈMES DE SANTÉ-SÉCURITÉ AU TRAVAIL: DES FEMMES SORTENT DE L'OMBRE

Santé des femmes au travail

Comprendre le travail des femmes pour le transformer: une publication
Comprendre le travail des femmes pour le transformer est le titre d’un livre publié par le Bureau technique syndical européen pour la santé et la sécurité (BTS) à Bruxelles, sous la direction de la chercheure montréalaise Karen Messing, à partir de recherches tenues en collaboration avec les structures en condition féminine des trois principales centrales syndicales québécoises, la FTQ, la CSN et la CEQ, ainsi que l’UQAM.

Les problèmes de santé des femmes au travail semblent difficiles à cerner. L’idée largement répandue que le travail des femmes est sans danger a contribué à développer les préjugés selon lesquels tout problème de santé des travailleuses est dû à leur inaptitude au travail ou à des troubles imaginaires. La station debout prolongée, entraînant des troubles circulatoires ou des problèmes de dos, ainsi que les gestes répétitifs, pouvant provoquer des lésions musculo-squelettiques, paraissent bien moins dangereux que l’éventualité de tomber d’un échafaudage ou de se blesser en sciant du métal. Ces difficultés ont freiné les efforts d’amélioration de la santé des femmes au travail et ont nui à la reconnaissance officielle de leurs problèmes et à leur indemnisation.

Une première du genre, l’ouvrage offre une synthèse d’une douzaine d’études réalisées depuis une dizaine d’années dans des milieux syndiqués au Québec. Les recherches sont fondées sur les préoccupations et besoins exprimés par les salariés, tant des hommes que des femmes. Le plus souvent, elles ont permis d’améliorer les conditions de travail tout en enrichissant les données disponibles sur différentes problématiques. Le livre donne également un bref aperçu de la santé au travail des femmes européennes.

Les problématiques FTQ
Les études menées dans des milieux FTQ traitent des difficultés vécues par les femmes dans des emplois de caissières de banque et pour concilier les responsabilités familiales et professionnelles dans différents milieux de travail des secteurs privé, public et parapublic.
Trois études résument le sort subi par les travailleuses devant les instances juridiques. Des travaux réalisés par des chercheures québécoises en droit de la santé et de la sécurité du travail démontrent que les femmes sont victimes de discrimination lorsqu’il s’agit de faire reconnaître des lésions professionnelles liées au stress. Les femmes sont souvent exclues du système d’indemnisation à cause de l’invisibilité : des particularités de leurs emplois, des conséquences d’une maladie professionnelle sur leur vie familiale, des qualifications et de la valeur des emplois qu’elles exercent. Les études ont levé le voile sur les iniquités du système et ont permis à la FTQ de produire des outils syndicaux et de mieux former ses représentants et représentantes devant les instances d’appel.

La dernière étude incluse dans cet ouvrage a été initiée par la FTQ en 1993 et approfondie en 1995. Elle porte sur la conciliation des responsabilités familiales et professionnelles. Elle a été menée auprès de syndiqués des secteurs privé, public et parapublic de la région montréalaise dans les secteurs des communications, de l’énergie et de la santé. On y traite notamment de l’horaire de travail irrégulier des téléphonistes qui provoque des problèmes réguliers de garde d’enfants et de la détresse psychologique.

Cette importante recherche a d’ailleurs donné lieu à la publication des brochures Concilier l’inconciliable et Ré-concilier l’inconciliable, à une déclaration de politique, à la production d’une vidéo C’est moi l’inconciliable ? et, plus récemment, au document Des congés, d’abord à la charge des parents en emploi, tous disponibles au centre de documentation de la FTQ.

(Photo)Karen Messing, professeure en sciences biologiques et chercheure au CINBIOSE de l’Université du Québec à Montréal. Le CINBIOSE, Centre pour l’étude des interactions biologiques entre la santé et l’environnement, a récemment été reconnu comme collaborateur de l’Organisation mondiale de la santé.