Participation FTQ à la 55e session de la Commission sur la condition de la femme de l’ONU à New York (18 au 26 février 2011)

Photos 55e session CCF ONU NY fév. 2011

Photos: Sylvie Lépine

Troisième et dernier rapport

Rappel du contexte

La Commission de la condition de la femme est une commission du Conseil économique et social des Nations Unies, vouée à l’égalité des sexes et à l’avancement des femmes; elle est le principal organe d’orientation en la matière à l’échelle internationale.

Chaque année, la Commission rassemble à New York des représentantes des pays membres des Nations Unies afin d’évaluer les progrès en matière d’égalité pour les femmes, d’identifier les enjeux principaux, de se donner des orientations communes et de formuler des politiques afin de promouvoir l’égalité entre les sexes et l’avancement des femmes partout dans le monde. Le gouvernement canadien y participe depuis 1947.

Cette année, la conférence traitait de l’accès et la participation des femmes et des filles à l’éducation et la formation, à la science et à la technologie, et à la promotion de l’égalité d’accès au plein emploi et à un travail décent.

La délégation syndicale canado-québécoise

Au niveau syndical, c’est plus d’une quarantaine de femmes syndicalistes canadiennes qui travaillent en périphérie des discussions officielles gouvernementales afin d’influencer des changements positifs pour les femmes et les travailleuses. Ces syndicalistes sont liées à l’une des quatre organisations suivantes : le CTC, la CSI, l’ISP et l’IÉ. Pour le Québec, il y avait des représentantes de la FIQ, du SFPQ, de la CSQ, de la CSN, et, pour la FTQ, Louise Mercier, vice-présidente, et Sylvie Lépine, conseillère, Danielle Legault, vice-présidente au SQEES-298 et Annick Desjardins, conseillère au SCFP (en remplacement de Maureen Morrison de CUPE).

Ce troisième et dernier rapport fait état des trois derniers jours de notre participation à cette conférence.

Rencontres avec le gouvernement canadien

Chaque jour, nous avions une réunion (dans le hall d’entrée du bâtiment principal de l’ONU!) avec quelques représentantEs du gouvernement canadien pour échanger le plus d’information possible et tenter d’apporter des changements au contenu des Conclusions (Agreed Conclusions) à adopter. L’exercice s’est avéré plus décevant que par les années antérieures (contenu et lieu des réunions).

Nous avions été conviées à un petit-déjeuner par la ministre à la Condition féminine, Rona Ambrose… Mais il y avait plusieurs absentEs : la Ministre elle-même (eh oui!), l’ambassadeur… et les tables et les chaises! Plusieurs se sont assises par terre pour pouvoir manger ou prendre leur café, ce qui a été dénoncé. M. Gilles Rivard, adjoint de l’ambassadeur, nous a toutefois accueillies et souhaité la bienvenue. Il a tenu à justifier l’absence de la ministre et de l’ambassadeur, retenus par d’«importants engagements». Il a toutefois eu la courtoisie de s’exprimer dans les deux langues officielles.

Par contre, la cheffe de la délégation gouvernementale canadienne, Mme Suzanne Clément, nous a présenté les membres de la délégation et le personnel, en anglais seulement… ce qui a eu l’heur de froisser davantage les francophones présentes.

Lors d’une brève période d’échanges, la délégation syndicale québécoise en a profité pour soulever les nombreuses difficultés d’accès1 aux installations physiques de l’ONU, de même qu’aux présentations et débats. Nous avons aussi demandé au gouvernement canadien ce qu’il entendait faire pour rétablir le tort causé aux femmes du pays depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement conservateur de M. Harper (coupures de toutes sortes, notamment au projet de la FCE2 et, plus largement, aux groupes de défense de droits des femmes au pays). Les représentantEs gouvernementaux ont été bien incapables de répondre. Nous en avons conclu que cela reflétait l’importance que la Ministre accordait à la contribution des organismes non gouvernementaux (ONG) aux travaux pour l’égalité des femmes.

1 Depuis quelques années, les «habituées» syndicales nous ont indiqué avoir noté un accès de plus en plus réduit d’année en année aux activités de la CCFNU. Cette année, c’était purement et simplement lamentable.

2 Qui vient de subir la coupure complète de son projet de soutien en éducation avec plusieurs pays en développement, lequel était financé par l’ACDI depuis de nombreuses années.

Le discours de la Ministre

Au lieu de s’en tenir au thème principal de la Conférence lors de son discours officiel en plénière, la Ministre Ambrose a plutôt fait l’apologie des actions du gouvernement fédéral, notamment en matière de santé maternelle (sans aucune nuance concernant les attaques au droit à l’avortement), en matière de paix et sécurité sociales, mais aussi de mesures pour contrer la violence faite aux femmes et aux filles (mesures individuelles de sensibilisation et d’aide, notamment dans les communautés autochtones). Aucune mention de l’importance de l’accès, pour les filles et les femmes, à l’éducation et à la formation, aux sciences et technologies, ou encore au travail décent. Désolant! C’était à se demander si elle ne s’était pas trompée de discours… ou d’endroit!

Rencontre avec la Ministre

Les ONG (syndicats et groupes de femmes et communautaires) ont tout de même réussi à obtenir une rencontre avec la Ministre Ambrose, qui est arrivée avec un peu de retard. Nos porte-parole, Patti Ducharme (AFPC), Louise Mercier (FTQ) et Alexa Conradi (FFQ), lui ont fait part du mécontentement des femmes du pays à l’égard des politiques et pratiques du gouvernement Harper depuis 2006 : coupures à Condition féminine Canada, coupures au financement de base des groupes de défense des droits des femmes, fin du Programme de contestations judiciaires, fin des ententes fédérales-provinciales sur les services de garde (et leurs effets au Québec notamment), reculs en matière d’équité salariale pour les travailleuses de la fonction publique fédérale, attaques au registre des armes à feu (et lien avec la violence faite aux femmes), attaques au droit des femmes à l’avortement, assurance-emploi, politiques budgétaires gouvernementales, etc.

Elles lui ont également demandé ce que son gouvernement ferait pour respecter les engagements nationaux et internationaux du Canada en matière d’égalité pour les femmes et faire progresser l’agenda sur le travail décent pour les femmes.

La Ministre est restée imperturbable (sourde? incrédule, peut-être?), nous félicitant pour notre excellent travail auprès des femmes et nous assurant de l’intérêt de son gouvernement pour la cause des femmes… Elle a dû nous quitter au bout d’une quinzaine de minutes à cause d’un agenda très chargé! La Ministre ne semble pas avoir compris (surtout en français) quoi que ce soit de nos préoccupations… ou n’a rien voulu comprendre… ce que nous déplorons vivement, mais ne nous surprend pas, compte tenu des positions du gouvernement conservateur de M. Harper depuis 2006.

Quelques séances parallèles

Nous avons participé à divers ateliers parallèles (syndicaux, communautaires, féministes) portant sur la situation des femmes dans divers pays, en lien avec le thème principal de la Conférence.

Partout dans le monde, on constate l’érosion de l’ensemble des droits sociaux, économiques, démocratiques, de même que des reculs marqués en matière d’accès à l’éducation, à la formation, à la vie citoyenne, au travail décent. Partout, les services publics sont dans la mire des gouvernements, le chômage augmente, la pauvreté s’enracine, les conditions de travail se dégradent, les libertés civiles, syndicales et autres sont bafouées, la corruption règne. Dans certains cas, c’est la révolte et la violence.

Les répercussions sur la vie des femmes et des travailleuses, de même que sur leurs familles, sont énormes : accès à la santé, à l’éducation, aux services sociaux, aux commodités de base, au travail, etc. Les syndicats ont un rôle important à jouer pour soutenir la population, participer au contre-pouvoir, aux réflexions et actions vers une plus grande démocratie.

Un atelier a traité du cas canadien : reculs subis par les femmes, politiques et attaques du gouvernement conservateur de M. Harper à l’endroit des femmes et des féministes (voir plus haut). Toutes en appellent à la vigilance, à la solidarité et au renversement de la tendance.

Les francophones s’organisent

Les discussions et échanges dans les ateliers et séances d’information se faisant en anglais seulement (avec traduction chuchotée à certains endroits), les déléguées syndicales francophones, à l’initiative de celles du Québec, ont revendiqué des réunions en français. C’est Sarah Bélanger de l’AFPC qui agissait comme soutien technique et agente de liaison (soit dit en passant, Sarah a fait un travail remarquable auprès des francophones tout au long de cette semaine à l’ONU).

Nous voulions ensemble, avec nos consoeurs syndicales francophones d’Europe et d’Afrique, mieux discuter du programme, des ateliers, mais surtout du contenu et des stratégies concernant les amendements à apporter au document de travail (Agreed Conclusions) lié au thème principal.

Parmi les amendements que nous avons proposés : l’intégration, dès le début du document, des diverses conventions et autres instruments internationaux afin de tenir compte de l’ensemble des droits liés au travail, à la syndicalisation et plus généralement à l’égalité pour les femmes; le respect de leurs engagements par les États membres à travers leurs politiques, programmes, mesures, financement, budgets, etc.; une mise en garde contre le piège de la symétrisation des conditions de vie et de travail des femmes et des hommes; etc. Les négociations sur le contenu des Agreed Conclusions se sont poursuivies après notre départ et le document devrait être adopté sous peu.

Tout au long de cette semaine à l’ONU, les représentantes des organisations syndicales québécoises (FTQ, CSQ, FIQ, SFPQ) se sont serrées les coudes et ont travaillé en étroite collaboration et avec une belle complicité.

Par ailleurs, les représentantes de la FTQ ont également contribué de diverses façons au blogue (en français) sur la Conférence : textes, photos, impressions, entrevue, etc., et enrichi le site FTQ, section Femmes, rubrique Égalité par les rapports et quelques photos.

Et en marge de la 55e session de la CCFNU…

Le 24 février avait aussi lieu le lancement officiel d’ONU Femmes, la nouvelle entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, créée par l’Assemblée générale de l’ONU en juillet 2010.

ONU Femmes est dirigée par Michelle Bachelet, ex-présidente du Chili. L’organisation a pour mandat de galvaniser le système des Nations Unies dans son ensemble, afin de pouvoir honorer les engagements inscrits dans la Charte des Nations Unies de l’égalité entre les femmes et les hommes. ONU Femmes et sa présidente, Michelle Bachelet, veulent travailler en étroit partenariat avec les hommes et les femmes, les dirigeants et dirigeantes, la société civile, le secteur privé et l’ensemble du système onusien pour aider les pays à mettre en place des politiques, des programmes et des budgets qui permettront de réaliser cet objectif.

Il est intéressant de noter qu’au niveau international, on ne craint pas d’utiliser le mot «Femmes» dans l’appellation, alors qu’au Québec, la ministre à la Condition féminine tente de le faire disparaître, tendant ainsi à renforcer le mythe selon lequel l’égalité est déjà atteinte pour les femmes au Québec.

Commentaires généraux

Il est particulièrement intéressant de noter le très grand décalage entre les discours officiels des gouvernements concernant leurs performances en matière d’égalité pour les femmes, et les descriptions des organismes non gouvernementaux, y compris les organisations syndicales, sur le même sujet. À croire qu’on vit dans deux mondes totalement différents!

Il importe également de réitérer l’accès de plus en plus restreint, d’année en année, aux séances plénières et de travail, de même qu’aux installations de l’ONU pour les ONG. La société civile est, là aussi, écartée non seulement des discussions, mais également des lieux. Est-ce que les gouvernements auraient oublié qui ils représentaient?

Louise Mercier, Danielle Legault et Sylvie Lépine